* L’homme de Londres

Publié le par 67-ciné.gi 2008











L’homme de Londres drame de Béla Tarr

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avec :
Miroslav Krobot, Tilda Swinton, Erika Bók, János Derzsi, Ági Szirtes et István Lénárt


durée : 2h12
sortie le 24 septembre 2008
 
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Synopsis
Maloin mène une vie simple et sans but, aux confins de la mer infinie; c'est à peine s'il remarque le monde qui l'entoure. Il a déjà accepté la longue et inévitable détérioration de sa vie, et son immense solitude.
Lorsqu'il devient témoin d'un meurtre, sa vie bascule et le voilà confronté au péché, à la morale, au châtiment, écartelé à la frontière de l'innocence et de la complicité. Et cet état de scepticisme l'entraîne sur le chemin de la réflexion, sur la signification de la vie et du sens de l'existence.
Le film touche à cet indestructible désir des hommes pour la vie, la liberté, le bonheur, les illusions jamais réalisées, à ces riens qui nous apportent l'énergie, pour continuer à vivre, à s'endormir, à s'éveiller, jour après jour. L'histoire de Maloin est la nôtre, celle de tous ceux qui doutent et qui peuvent encore s'interroger sur leur pâle existence.


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à propos de L’homme de Londres
John Simenon : « Avec ou sans Maigret, les romans de mon père sont toujours une invitation à vivre le cheminement inéluctable et dramatique vers sa destinée d'un homme, ou d'une femme, qui nous ressemble toujours étrangement.
Ces cheminements ne sont jamais faciles à adapter pour le cinéma ou la télévision, mais lorsqu'il s'agit, comme dans
L'Homme de Londres, de faire suivre à la caméra un suspense tout entier vécu dans la tête du héros, la tâche peut sembler insurmontable.
C'est pourtant ce que Bèla Tarr a tenté, et, malgré des difficultés inouïes rencontrées pendant le tournage, réussi dans un exercice de style brillant, âpre et difficile, qui m'a profondément touché.
Je l'en remercie de tout cœur.
»


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Notes du réalisateur
Béla Tarr : « Si je devais répondre à la question de savoir pourquoi j'ai aimé et choisi cette histoire, la réponse la plus adéquate serait, je crois, que c'est parce qu’elle traite à la fois de l'aspect universel et quotidien de la vie.
Cette oeuvre est à la fois cosmique et réaliste, divine et humaine; pour moi, elle englobe la totalité de l'homme et de la nature tout comme leur banalité.
Je me suis pris d’affection pour Maloin.
Maloin vit humblement, sans aucune perspective, au bord de la mer infinie, il perçoit à peine le monde qui l'entoure. Il s'est déjà résigné à la désertion générale, lente et continuelle et au sentiment de solitude de plus en plus profond qui caractérise notre monde. Ses relations sont limitées et dénuées de sentiments. Cependant un lien plus fort l’attache à sa fille.
Mais le jour où il devient témoin d’un meurtre, sa vie change totalement.
Il doit faire face à des questions morales telles que le crime et le châtiment, la frontière entre innocence et complicité. Ce processus de doute le mène à se poser une question existentielle: quel est le sens et la valeur de la vie sur terre ?
Il sent naître en lui le désir d’une nouvelle vie, d’une existence meilleure que celle qu’il a subie.
Maloin passe par de lourdes épreuves et, après avoir commis le pire crime qui soit, perd l'innocence des humbles. Il garde malgré tout son honnêteté.
Vieilli, le visage ridé et le crâne dégarni, il devient enfin adulte.
Mais cette sagesse de l'âge adulte s'avère trop dure à supporter. Vivre reste malgré tout une épreuve et la tentative d’une nouvelle destinée est vouée a l’échec.
L'histoire de Maloin appartient à nous tous, et à moi très précisément; elle est à la fois intime et familière, hostile et sombre à l’instar du paysage qui lui sert de cadre.
Le ton du film sera donc très personnel, chacune de ses images sera imprégnée de ma vision du monde. Quant au style du film, je tâcherai de présenter la complexité de l'univers prolétarien de Maloin de façon extrêmement sobre. Cela ira jusqu'à une simplicité puritaine afin de montrer son personnage de la manière la plus affectueuse et la plus crédible qui soient.


Si je dois définir la structure et le style du film, je dirais que la structure et le rythme seront déterminés par la monotonie d’une journée de travail "maloinienne"; nous sommes toujours avec lui, nous le suivons et nous voyons le monde avec ses yeux. Nous montons avec lui dans sa tour et nous descendons de là-haut, nous l'accompagnons au bistrot. Nous buvons l'eau de vie et nous allons avec lui acheter son poisson pour le déjeuner.
Ces événements sans importance se répètent, toutefois, avec un sens toujours différent puisque le duel entre Maloin et Brown, la montée de la tension les place à chaque fois dans un nouveau contexte.
Tout ce que nous avons déjà vu se transforme, tout ce qui était familier devient subitement étranger, tout ce qui était calme se trouble et tout ce qui était amical prend désormais un tour menaçant.
Aspirés par ce mouvement, nous nous engouffrons dans la spirale des évènements et en suivons la progression.
L’évolution des sentiments profonds et des mouvements de l’âme est donc au centre de notre intérêt.
La caméra en mouvement constant palpe les regards, réagit aux frémissements méta communicatifs, glisse imperceptiblement du paysage aux détails minutieux.
Elle est à la fois à l'extérieur et à l'intérieur, se concentre sur les visages, consacre une attention particulière aux yeux. Cependant, dans chacune des scènes, nous voyons l'extérieur: le port, la mer, nous éprouvons continuellement le sentiment d'enfermement et, en même temps, la liberté provocatrice et séduisante de l'infini.
Les plans brumeux et moites en noir et blanc, les ombres déambulant dans des lumières mates et le clair de lune qui brille dans la baie du port prêteront une beauté toute particulière au drame qui se déroule sous nos yeux.
Puisque dans cette histoire nous parlons de désirs, du désir inextirpable de l'homme pour une vie plus heureuse et plus libre, d'une illusion jamais accomplie, mais qui donne à chacun d’entre nous la force de se lever tous les matins et de se coucher tous les soirs, bref, de vivre… C'est pour cela que je pense que l'histoire de Maloin, à la fin du film, ne sera plus seulement la mienne mais elle nous appartiendra à tous. À tous les sceptiques, à tous ceux qui sont capables de remettre en question le cours de leur vie et de résister à la tentation.
À tous ceux qui sont capables de garder leur dignité.
»


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Fiche technique
Réalisation : Béla Tarr
Co-réalisation et montage : Ágnes Hranitzky
Scénario : László Krasznahorkai et Béla Tarr
Adapté de : L'homme de Londres de Georges Simenon
Image : Fred Kelemen
Musique : Mihály Víg
Son : György Kovács
Décors : László Rajk, Ágnes Hranitzky et Jean-Pascal Chalard
Costumes : János Breckl
Producteurs : Gábor Téni, Paul Saadoun, Miriam Zachar, Joachim von Vietinghoff et Christoph Hahnheiser
Productions : T.T. Filmmühely, 13 Production, Cinema Soleil, Von Vietinghoff, Filmproduktion et Black Forest Films
Direction de production : Jean-Claude Marchant et Pierre Dieulafait
avec la participation de : Mmk, Okm, Cnc, Arte France Cinéma, Zdf/Arte, Canal+, Eurimages, Nka, Medienboard, Ctc, Duna Tv, Cinécinéma, Corsesca Productions, Erste Bank, Magyar Mozgókép Kft., Szerencsejáték Zrt et Montecinemaverita Found
Ce film est soutenu par : le Groupement National de Cinémas de Recherche

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de





remerciements à
Lucie Commiot
logos, textes & photos © www.shellac-altern.org

Publié dans PRÉSENTATIONS

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