* Chomsky & compagnie

Publié le par 67-ciné.gi 2008











Chomsky & compagnie documentaire de Olivier Azam et Daniel Mermet



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avec :
Noam Chomsky, Normand Baillargeon et Jean Bricmont


durée : 2h05
sortie le 26 novembre 2008

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à partir du mercredi 26 novembre au cinéma




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Synopsis
À l’heure où impuissance et résignation l’emportent, le travail de Noam Chomsky est un antidote radical pour tous ceux qui veulent en finir avec la fabrique de l’impuissance et ses chiens de garde intello-médiatiques.
Inlassable, inclassable, implacable, « l’intellectuel le plus populaire et le plus cité au monde » poursuit la mise à nu des mécanismes de domination avec une étonnante vitalité. Mais pas d’hagiographie, pas de prêt-à-penser.
Souvent l’intellectuel est celui qui veut nous faire penser comme lui.
Au contraire, Chomsky nous incite à développer par nous-mêmes une pensée
critique contre les différentes formes de pouvoir et les idéologies qui les justifient. Il montre que les changements sociaux sont à notre portée.
Et d’ailleurs, il n’est pas seul. De Boston à Bruxelles, nous rencontrons chercheurs,
journalistes, activistes tels que Jean Bricmont, ou encore Normand Baillargeon auteur du Petit cours d’autodéfense intellectuelle, ce qui pourrait être le sous-titre de ce film engagé contre le cynisme conformiste et la pensée molle des faux rebelles.
Mais avant tout ce film milite pour l’ascension du Pic du Canigou.

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Noam Chomsky : « Le pouvoir ne souhaite pas que les gens comprennent qu’ils peuvent provoquer des changements »


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Un film financé par souscription
En mai 2007, la série d’entretiens avec Noam Chomsky a été un succès pour l’émission de radio Là-bas si j’y suis sur France Inter. De Paris à Boston, de Montréal à Toronto, Olivier Azam et Daniel Mermet en ont fait un film.
Une souscription nationale a été lancée auprès des auditeurs et des fidèles du site la-bas.org. Grâce à l’engagement chaleureux de milliers de Souscripteurs
Modestes et Géniaux
(SMG), un travail de documentation, d’écriture, de recherche d’archives rares, et de montage a pu être mené pendant près d’un an en toute indépendance (*).
Le film a ainsi été entièrement autoproduit par la coopérative audiovisuelle et cinématographique Les Mutins de Pangée, sans aide publique préalable, ni pré-achat d’une chaîne de télévision, contrairement aux films que l’on peut voir habituellement au cinéma.
C’est aussi grâce à cet élan de souscriptions et aux nombreux encouragements que l’équipe des Mutins de Pangée a décidé de se lancer dans la distribution du film au cinéma.
Un dvd spécial a été livré aux SMG en juin 2008. Ce dvd contient une version longue du montage, agrémentée de compléments destinés à aller un peu plus loin sur les questions soulevées dans le film. C’est à partir de ce premier document audiovisuel que nous avons pu monter le film qui sort au cinéma.
Le dvd du film, avec de nouveaux bonus, et des langues sous-titrées supplémentaires, sera disponible à la vente courant 2009.

* À notre connaissance, le dernier film à être sorti au cinéma en France grâce à une souscription publique fut Pas vu, pas pris de Pierre Carles en 1997.


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Entretien avec Jean Bricmont à propos de Noam Chomsky
Daniel Mermet : « Chomsky gourou ? »

Jean Bricmont : « Noam Chomsky est tellement peu connu, tellement incompris qu’on me demande encore s’il a écrit des choses théoriques. On le réduit à quelqu’un qui n’aime pas les Etats-Unis, qui dit que les médias sont aux ordres, mais c’est beaucoup plus complexe que ça. Il y a toute une richesse théorique chez Chomsky. Il suffit de lire, par exemple, l’interview dans les Cahiers de l’Herne où l’on parle de Rudolf Carnap, de Newton, du FMI, de la mondialisation... Je trouve qu’il y a une pensée à découvrir et j’essaie de la faire découvrir… et après les gens se font leur propre jugement.
Il y a des choses sur lesquelles je ne suis pas d’accord avec lui, c’est comme ça, mais c’est une source d’inspiration. Il est dommage que dans le cursus universitaire, intellectuel, il n’existe pas. Son nom n’apparaît pas dans les index des encyclopédies de sciences politiques. Marx et Lénine apparaissent, mais pas lui et je pense que c’est une erreur. Vous avez des textes, des livres, des articles anarchistes, des dictionnaires de l’anarchisme contemporain, on ne parle pas de lui ou si l’on en parle c’est comme d’un
mauvais, d’un faux anar. C’est contre ce degré d’incompréhension et d’ignorance que je me bats, mais ce n’est pas du tout pour en faire un gourou. Le jour où mes efforts seront couronnés de succès, je n’ai pas de doute, il deviendra un gourou, c’est dommage, mais c’est la psychologie humaine qui est ainsi faite. »

Daniel Mermet : « Les filiations de Chomsky ? »

Jean Bricmont : « Je pense qu’il est trop original pour faire partie d’un courant. Il est difficile de le comprendre, en France, sans sortir des oppositions traditionnelles. Chomsky n’a jamais été léniniste, trotskyste, stalinien, tiers-mondiste, maoïste, etc. Il n’est pas libéral au sens de Aron, il n’est pas comme Bourdieu, il ne s’intéresse pas à la psychanalyse, il ne s’intéresse pas à Nietzsche ni à Heidegger. Il est en dehors de l’échiquier relativement vaste qu’on trouve en France. On peut lui trouver des racines dans les Lumières, dans certains aspects du positivisme logique au XXe siècle, dans l’oeuvre de Russell, dans le travail d’anarchistes relativement peu connus comme Rocker, Abad de Santillan, dans les marxistes antiléninistes des Conseils. Ces courants-là ont formé sa pensée, mais comme tous les grands penseurs, c’est un penseur original et on ne peut pas le réduire à l’appartenance à un courant.
Je pense aussi qu’il est très différent des anarchistes contemporains parce qu’il ne considère pas que la lutte contre l’Etat soit nécessairement la priorité, aujourd’hui, dans tous les cas, dans toutes les circonstances. L’Etat est une cage, mais en dehors de la cage il y a des fauves qui sont les grandes compagnies privées et, d’une certaine façon, la cage nous protège des fauves. Il faut donc étendre les barreaux de la cage mais ne pas la retirer tout de suite sinon on va se faire manger par les fauves. C’est une analogie qu’il a trouvée chez des travailleurs libertaires au Brésil et qu’il reprend à son compte.
»


Daniel Mermet : « Pourquoi ce rejet (des intellectuels) français ? Est-ce que l’affaire Faurisson explique tout ? »

Jean Bricmont : « Chomsky a toujours été à des années-lumière de l’intelligentsia française et même quand il venait à l’Université de Vincennes, dans les années 60-70, il disait que c’était une perte de temps car l’irrationalité était trop forte. Le Cambodge et l’affaire Faurisson sont des prétextes, des faux procès, il y a des raisons plus profondes pour expliquer ce rejet.
Pendant la guerre du Viêt-nam, ses écrits étaient relativement bien acceptés en France, mais je pense qu’il y avait déjà un malentendu. A l’époque de la guerre du Viêt-nam (et des guerres coloniales en général), certains voyaient dans la révolution vietnamienne l’avènement d’une nouvelle société, une révolution au niveau mondial – erreur qui a été faite avec l’Union soviétique, la Chine, Cuba, le Viêt-nam et le Venezuela aujourd’hui. Au lieu de se concentrer sur la transformation de leur propre société, les gens projetaient leur désir de révolution sur des sociétés lointaines, qu’ils connaissaient relativement mal et se disaient qu’ils étaient en train de construire le socialisme. Et d’autres, comme Chomsky, qui n’avaient aucune illusion sur ces choses-là et qui pensaient que la sauvagerie américaine au Viêt-nam ne mènerait à rien de bon, en aucune façon. Chomsky a dit de cette guerre qu’elle mènerait à une situation où la domination du Nord Viêt-nam sur l’Indochine serait inévitable parce que toute autre société viable aura été rendue impossible. Cette attitude est celle de Bertrand Russell face à la révolution russe, et est très différente de celle de l’extrême gauche.
L’extrême gauche est retombée de ses illusions avec les premiers boat people, un phénomène tout à fait prévisible, avec les massacres au Cambodge et elle a commencé à en vouloir à Chomsky d’avoir soi-disant gardé les illusions auxquelles elle renonçait, alors que Chomsky n’avait à renoncer à rien puisqu’il n’avait pas eu d’illusions au commencement.
»

Daniel Mermet : « Est-ce que Chomsky est seul ? Qui compose son réseau ? »

Jean Bricmont : « Chomsky correspond avec énormément de gens dans le monde, il fonctionne véritablement en réseau, avec des tas d’interactions, dans toutes sortes de pays, en Amérique latine, en Inde. Vous pouvez aller dans des communautés en Amérique latine, vous verrez que les gens ont des contacts directs avec lui. Et à mon avis c’est grâce à ça que son influence est beaucoup plus grande que celle d’intellectuels purement académiques comme Foucault ou évidemment celle de ses détracteurs parisiens qui ne lègueront pas à l’histoire la postérité qu’il laissera. Il a une influence énorme, sans avoir d’organisation, sans être un dirigeant politique au sens classique du terme, c’est quelqu’un qui est arrivé à répandre ses idées dans le monde entier et dont l’influence durera après sa mort. Je l’appelle le Marx de notre temps même si on peut peut-être plus le comparer à Bertrand Russell, ou à Voltaire, d’une certaine façon, parce qu’il est moins organisateur que ne l’était Marx. Ses idées continueront à se diffuser. »

Daniel Mermet : « À quoi sert Chomsky ? »

Jean Bricmont : « Chomsky permet de penser autrement, de sortir d’un cadre de pensée insuffisamment rationaliste, de démonter l’idéologie dominante. Il permet de penser vers l’avenir. Chomsky, bien qu’il soit plus âgé que nous dit : « je suis trop jeune pour jamais avoir été léniniste », c’est-à-dire que dans les années 40-50, l’idéologie léniniste était déjà dépassée chez lui dans sa façon de penser. Il propose une autre façon de penser, à la fois de penser l’idéologie et de penser au monde tel qu’il est.
Les gens vont trouver chez Chomsky une façon de démystifier le pouvoir, essentiellement, et aussi un certain espoir en l’avenir. Il offre une perspective de l’histoire où l’on voit les progrès qui existent dans la recherche de la liberté, le progrès qui existe dans l’humanité. Il permet de ne pas avoir une vue extraordinairement pessimiste du présent et sans perspective d’avenir. Il réhabilite la perspective qui était aussi celle de Marx, même si on l’a oublié, du socialisme classique d’avant 1914. On doit arriver à dépasser le capitalisme et arriver à la socialisation des moyens de production. Dans une démocratie, les moyens de production ne devraient pas être contrôlés par un petit nombre d’intérêts. C’est le problème fondamental et tant qu’on a pas discuté de ça, on ne peut discuter de rien. C’est la question que Chomsky repose très bien et il est l’un des rares. Cette question a implicitement été au coeur de toutes les luttes, mais pas explicitement et c’est le problème actuel.
»
extraits d’un entretien réalisé à Bruxelles en décembre 2007


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Les Mutins de Pangée
Les Mutins de Pangée est une coopérative de production, d’édition audiovisuelle et de distribution cinématographique indépendante, faisant appel à un collectif de réalisateurs, producteurs, et techniciens ayant une expérience atypique de la production et de la diffusion télévisuelle et cinématographique. Ses membres fondateurs ont la particularité d’avoir un long parcours dans le cinéma underground et les médias alternatifs (Zalea Tv, entre autres). Les films, reportages et magazines que produisent, au fil du temps, Les Mutins de Pangée se veulent accessibles aux téléspectateurs tout en leur dessillant les yeux...

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Fiche technique
Réalisation : Olivier Azam et Daniel Mermet
D’après un reportage radio de : Giv Anquetil et Daniel Mermet pour Là-bas si j’y suis sur France Inter
Entretiens et commentaires : Daniel Mermet
Préparation reportages et traductions simultanées : Giv Anquetil
Images : Olivier Azam
Assisté de : Anaëlle Verzaux et de Pascal Boucher
Montage : Olivier Azam
Assisté de : Laure Guillot
Documentation : Christophe Del Debbio et Laure Guillot
Direction de production : Boris Perrin
Consultant post-prod : Michel Fiszbin
Musique originale : Vincent Ferrand
Percussions : Jérôme Villefranque
Chansons : Ani DiFranco et Tex Williams
Continuité sonore : Khoï N’Guyen
Traduction des sous-titres : Pamela Denton
Graphisme et étalonnage : Bouchex
Animation : Colas Mermet,Patrick Saigne, et Jean-Charles André
Les plans de l’expédition “Pic du Canigou” ont été tournés par les deux valeureux aventuriers : Pierre Carles et Marc Tahon
Affiche : dessin de Siné et graphisme de Bouchex
Produit et distribué par Les Mutins de Pangée

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de


remerciements à
Laure et Normand Baillargeon
logos, textes & photos  © www.lesmutins.org

Publié dans PRÉSENTATIONS

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